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Garder la main sur soi, une compétence technique

19 janvier 20263 min de lecture

On vous a appris à laisser vos émotions à la porte. C'est un conseil d'amateur : elles entrent avec vous.

Le mythe du professionnel neutre a la vie dure. Vous seriez censé·e mettre de côté ce que vous ressentez, entrer dans votre lieu d'exercice et fonctionner comme un instrument stable.

Personne n'y arrive. Vous non plus. Ce qui se passe réellement, c'est que vous n'en parlez pas, ce qui n'est pas du tout la même chose que ne pas être affecté·e.

Ce que ça change sans que vous le voyiez

Une contrariété non traitée ne disparaît pas : elle modifie vos décisions pendant les heures qui suivent.

Vous tranchez plus vite. Vous interprétez les intentions plus négativement. Vous devenez moins tolérant·e sur des détails qui ne vous auraient rien fait la veille. Et vous justifiez chacune de ces réactions par de bonnes raisons, parce que de l'intérieur, elles paraissent parfaitement légitimes.

C'est ce qui rend le sujet difficile : vous n'avez pas conscience d'être affecté·e au moment où vous l'êtes le plus.

Une émotion non traitée ne s'efface pas. Elle se déplace vers la personne suivante.

Ce que réguler veut dire

Pas se contrôler. Pas ravaler. Ces deux stratégies consomment beaucoup d'énergie et ne fonctionnent qu'un temps, avant de céder d'un coup, souvent sur un motif dérisoire.

Réguler, c'est trois gestes.

Repérer. Nommer intérieurement ce qui se passe. « Je suis en colère. » « Je suis inquiet·e pour cette situation. » Le simple fait de nommer réduit l'intensité de manière mesurable. Ce n'est pas de l'introspection, c'est un geste technique.

Attendre. Instaurer un délai minimal entre le déclencheur et votre réaction. Quatre-vingt-dix secondes suffisent souvent à faire retomber le pic. Un mail rédigé et envoyé le lendemain matin n'est jamais le même mail.

Traiter. Ce qui vous a affecté·e demande une action, même petite. Une conversation, une décision, une note écrite. Sinon, ça revient.

Le moment le plus dangereux

Ce n'est pas la crise. En crise, vous êtes mobilisé·e, vous fonctionnez souvent très bien.

C'est juste après. Quand la tension retombe, que la vigilance chute, et que vous prenez une décision importante avec l'impression trompeuse d'avoir retrouvé votre calme.

Après un événement chargé, ne décidez rien d'important pendant vingt-quatre heures. C'est la règle la plus simple de cet article, et probablement la plus rentable.

Ce que vous récupérez

De la justesse. Vos décisions cessent d'être influencées par un incident sans rapport survenu deux heures plus tôt.

Et de l'énergie. Contenir en permanence coûte plus cher que traiter au fur et à mesure. Beaucoup de la fatigue que vous attribuez à la charge de travail vient en réalité de ce contrôle permanent.

Vous vous êtes reconnu·e en lisant ?

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