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Servir ou se servir

16 janvier 20263 min de lecture

Deux façons de diriger. Celle qui pense que l'équipe porte votre réussite, et celle qui a compris l'inverse.

Deux responsables, deux structures comparables. L'une a une équipe stable depuis six ans. L'autre recrute tous les dix-huit mois et ne comprend pas pourquoi.

La différence ne tient ni au salaire, ni aux locaux, ni au secteur. Elle tient à une question rarement posée : à quoi sert l'équipe.

Deux réponses possibles

Première réponse : l'équipe est là pour exécuter ce que vous avez décidé, permettre à la structure de tourner, vous libérer du temps. Elle est un moyen.

Deuxième réponse : vous êtes là pour que l'équipe puisse faire son travail correctement. Retirer les obstacles, clarifier les priorités, arbitrer ce qui bloque, protéger de ce qui parasite.

La première est majoritaire, et rarement assumée à voix haute. La seconde produit des résultats supérieurs, et pas pour des raisons morales.

Pourquoi la seconde fonctionne mieux

Dans une structure de soins, la qualité dépend d'une chose que vous ne pouvez pas contrôler : ce que chaque personne fait quand vous n'êtes pas là.

Quelqu'un qui exécute fait le minimum défini. Quelqu'un qui se sent soutenu fait ce qui est juste, y compris ce qui n'était pas prévu. L'écart entre les deux est considérable, et il est invisible sur le papier.

Vous ne pouvez pas surveiller la qualité. Vous ne pouvez que créer les conditions dans lesquelles elle se produit sans vous.

À quoi ça ressemble concrètement

Ce n'est pas de la gentillesse. C'est même souvent plus exigeant.

Servir son équipe, c'est trancher les sujets qui traînent, parce que l'indécision est ce qui épuise le plus. C'est dire clairement ce qui ne va pas, tôt, plutôt que de laisser pourrir par confort. C'est protéger d'une demande extérieure déraisonnable au lieu de la transmettre en l'état.

C'est aussi accepter d'être celui ou celle qui absorbe l'inconfort. La conversation difficile avec le patient mécontent, l'arbitrage impopulaire, la mauvaise nouvelle annoncée.

Le piège inverse

Attention à la confusion opposée, tout aussi coûteuse : servir n'est pas se sacrifier.

Un·e responsable qui absorbe tout, ne dit jamais non, prend toutes les gardes et compense tous les manques ne rend service à personne. Iel crée une dépendance et prépare un effondrement dont l'équipe fera les frais.

La bonne mesure : vous retirez les obstacles que l'équipe ne peut pas retirer elle-même. Vous ne faites pas le travail à sa place.

La question à se poser ce soir

Sur cette semaine, combien de temps avez-vous passé à retirer des obstacles pour les autres, et combien à réclamer que les choses avancent ?

Le rapport entre les deux vous dit à peu près tout de la solidité de votre équipe dans trois ans.

Vous vous êtes reconnu·e en lisant ?

Le diagnostic met un chiffre là où vous n'aviez qu'une impression. Douze minutes, et vous savez ce qui vous vide, où vous en êtes par rapport aux autres de votre métier, et par quoi commencer.

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